«Demain, dans les stratégies que devra mettre en place le ministère de la Santé, les inhibiteurs de SGLT2 devront faire partie des médicaments essentiels contre les maladies rénales»
Au Sénégal, les maladies rénales progressent de manière préoccupante. D’où, selon le Pr Abdou Niang, la nécessité de disposer d’un médicament produit et commercialisé dans le pays à un prix accessible.
Pr Abdou Niang, vous êtes aujourd’hui invité par le Front communautaire pour la sensibilisation sur l’insuffisance rénale au Sénégal, une association dénommée en wolof «And Fagaru ci Doyadi Rogno». Pourquoi cette approche communautaire ?
Cette approche est motivée par l’ampleur du fardeau. Aujourd’hui, près de 1 million de Sénégalais souffrent de maladies rénales. Parmi eux, chaque année, 2 000 à 4 000 atteignent le stade terminal et nécessitent une dialyse.
Or, seuls 1 000 patients sont actuellement dialysés dans le pays. Cela signifie que sur 10 malades ayant besoin de dialyse, seuls 2 y accèdent, tandis que les 8 autres décèdent faute d’accès à une machine.
Ces 1 000 patients dialysés coûtent 8 milliards de Fcfa par an aux contribuables. Pour augmenter les capacités de prise en charge, il faudrait doubler les financements. Et dans un pays pauvre, cela pose quand même des problèmes.
Vous avez évoqué des médicaments gratuits en Inde et qui pourraient être produits au Sénégal pour renforcer la prévention. Comment y accéder ?
Depuis 2018, un médicament révolutionnaire a vu le jour. Il ne concerne pas seulement les néphrologues, mais également les cardiologues et les diabétologues.
Ce traitement est capable de retarder la dialyse de 15 ans. Or, 10 ans de dialyse coûtent environ 120 millions de Fcfa.
Ainsi, un malade qui retarde sa dialyse grâce à ce médicament permet à l’État d’économiser cette somme.
Les autorités sénégalaises sont-elles informées ?
C’est notre rôle, et nous sommes en train de le faire.
En Inde, conscientes de l’intérêt de ce médicament, les autorités l’ont subventionné à 500 Fcfa par mois: une boîte de 30 comprimés y coûte donc 500 Fcfa.
Au Sénégal, le médicament est déjà disponible. Il coûtait 25 000 Fcfa il y a un an ; aujourd’hui, il est à 15 000 Fcfa par mois. Mais même à ce prix, cela reste inaccessible pour une grande majorité de Sénégalais.
Pour la drépanocytose, un traitement est désormais produit et commercialisé au Sénégal par Teranga Pharma. Pourquoi pas ce médicament également ?
Il s’agit de la dapagliflozine. Nous pensons que, demain, dans les stratégies du ministère de la Santé, les inhibiteurs de SGLT2 doivent figurer parmi les médicaments essentiels.
Mais cela relève d’une volonté politique : c’est à l’État, conscient des enjeux, de prendre cette initiative.
Cela s’inscrit dans la politique de relance pharmaceutique ?
Oui. Cela relève de la souveraineté pharmaceutique.
Aujourd’hui, nous importons ces médicaments d’Inde ou d’autres pays. Pourtant, nous avons les moyens de les produire localement et de les rendre accessibles à la population.
SERIGNE SALIOU YADE













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