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«Les actes qui accompagnent les paroles : construire la souveraineté sanitaire au Sénégal, brique par brique» : par Dr Farba Lamine Sall

3 septembre 2026
in Actualité, Santé Générale
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«Les actes qui accompagnent les paroles : construire la souveraineté sanitaire au Sénégal, brique par brique» : par Dr Farba Lamine Sall

construire la souveraineté sanitaire au Sénégal, brique par brique

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Nos dirigeants ont repris à leur compte le discours de la souveraineté sanitaire. Le Président Bassirou Diomaye Faye a déclaré, lors du Forum Galien à Dakar, que la santé est « la première frontière de notre sécurité collective ». Le ministre de la Santé du Sénégal, le Dr Ibrahima Sy, a défendu une position similaire à l’Assemblée mondiale de la santé, plaidant pour une souveraineté sanitaire africaine renforcée. L’ambition est la bonne, et le gouvernement est déjà en train de la traduire en instruments concrets : un compact national signé, une nouvelle stratégie sectorielle, une revue annuelle de ce qui a été effectivement livré. La souveraineté, cependant, ne se déclare pas une fois pour toutes. Elle se prouve par des actes posés, jour après jour. Trois de ces actes comptent le plus : la manière dont la santé est financée, la manière dont elle est gouvernée, et la manière dont le Sénégal se dote de la capacité d’agir par lui-même. Chacun de ces chantiers est déjà engagé. Chacun doit encore aller plus loin.

Commençons par le financement, car c’est précisément sur ce terrain que le gouvernement s’est lui-même fixé un objectif. Le Compact Santé 2025 du ministère, signé par le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, désigne la « souveraineté sanitaire, pharmaceutique et énergétique » comme un défi central du secteur et engage le pays vers une stratégie de financement domestique de la santé plus claire. Concrétiser cet engagement, voilà le travail qui reste à accomplir. Comme je l’ai souligné lors du récent congrès du Sympes à Dakar, la part de la santé dans le budget national stagne ou recule depuis 2021, et se situe aujourd’hui bien en deçà des 15 % que notre pays s’est engagé à atteindre il y a deux décennies dans le cadre de la Déclaration d’Abuja. Ce sont nos ménages qui absorbent la différence : ils couvrent désormais 44 % des dépenses de santé directement de leur poche. Beaucoup d’entre nous l’ont vécu de près : une seule hospitalisation, et une famille jusque-là stable se retrouve à vendre un bien ou à s’endetter à des conditions ruineuses simplement pour régler la facture. C’est le premier argument de souveraineté. Le financement domestique doit croître, mais pas au détriment des ménages les moins en mesure de payer. Notre pays collecte déjà des recettes fiscales représentant 18 à 20 % du PIB, l’un des ratios les plus solides d’Afrique de l’Ouest, et les analyses d’AfriCatalyst estiment le manque à gagner fiscal du pays entre 1 et 1,7 milliard de dollars par an, dont la résorption d’un seul tiers libérerait entre 330 et 560 millions de dollars chaque année. C’est de là que devraient venir en priorité les nouvelles ressources pour la santé : conformité fiscale, modernisation de l’administration, usage discipliné des exonérations, les futures recettes pétrolières venant s’ajouter comme un apport supplémentaire à cet effort plus large de mobilisation des ressources domestiques, à mesure que la production montera en puissance.

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L’argent seul ne suffira pas à bâtir la souveraineté ; la gouvernance doit suivre le rythme, et sur ce terrain, le ministère montre déjà la voie. Lors de la Revue Annuelle Conjointe de cette année, le ministre Sy a ouvert les travaux en exigeant que le secteur rende compte non seulement du budget reçu, mais de la manière dont il a été exécuté et de ce qu’il a réellement produit, qualifiant cet exercice de « redevabilité » et de « bonne gouvernance ». Les résultats sont encourageants : 88,9 % des engagements de l’année précédente auraient été exécutés. C’est le bon réflexe, et il mérite d’être renforcé, car l’écart qu’il reste à combler est visible aux yeux mêmes des patients. Comme je l’ai souligné publiquement, une majorité d’usagers estiment que la qualité de l’accueil dans les structures publiques reste en deçà de leurs attentes, et une partie du personnel de santé continue d’être attirée vers l’étranger ou vers un secteur privé peu structuré, faute de rémunération et de conditions de travail décentes. C’est le signe clair que l’exécution, et non la seule allocation des ressources, détermine désormais si le financement de la santé se traduit en confiance. La Lettre de politique sectorielle 2025-2029 engage déjà le secteur dans exactement ce virage : passer d’une médecine curative vers la prévention et la promotion de la santé, et vers une performance hospitalière pilotée et rapportée, et non simplement financée. La souveraineté sur le papier devient souveraineté dans la pratique lorsque cet engagement est tenu, année après année, à la hauteur de ce que la RAC a commencé à exiger.

Au-delà du financement et de la gouvernance se pose un troisième défi, plus stratégique : notre capacité à soigner notre propre population et à négocier nos propres partenariats en position de force. Les lacunes persistantes de notre plateau technique en matière de diagnostic et de traitement continuent de pousser certains patients vers de coûteuses évacuations sanitaires à l’étranger, une saignée récurrente pour l’épargne des ménages comme pour les ressources de l’État, que la résorption du retard technologique national permettrait de réduire progressivement. La souveraineté, bien comprise, ne signifie pas l’isolement. Notre récent accord de coopération sanitaire avec les États-Unis, dans le cadre duquel nous finançons plus de la moitié d’un programme quinquennal d’environ 72 millions de dollars, montre à quoi ressemble un partenariat mature lorsqu’un pays apporte à la table de véritables ressources et un véritable pouvoir de négociation. Les principes qui doivent guider ces partenariats sont simples : rester ouverts au monde, mais en partant d’une base nationale solide et de priorités nationales clairement établies, et non l’inverse.

Ces trois arguments convergent vers la même direction, et nous n’avons pas besoin d’inventer de nouveaux instruments. Le Compact Santé, la Lettre de politique sectorielle et la Revue Annuelle Conjointe existent déjà, portant la même exigence de rigueur que le ministère a lui-même commencé à imposer : un financement fondé sur des règles et additionnel, une gouvernance mesurée et publiée, des partenariats négociés en position de force technique. Les acteurs publics et privés de la santé, à travers le pays, partagent de plus en plus ce diagnostic. Il s’agit désormais simplement de veiller à ce que le dispositif organisationnel soit soutenu et doté de moyens, et de continuer d’agir, année après année.

Nous disposons d’une fenêtre étroite pour y parvenir. De nouvelles sources de recettes nationales, une stratégie sectorielle fraîchement signée et un gouvernement qui emploie déjà le langage de la souveraineté pour la santé, les médicaments et les vaccins ouvrent une véritable opportunité, à condition qu’elle serve à approfondir la mise en œuvre plutôt qu’à simplement répéter l’ambition. Notre souveraineté sanitaire se mesurera à des cliniques qui fonctionnent, à des médicaments disponibles en stock et à des familles qui ne sont plus poussées vers la ruine par une seule facture médicale.

Dr Farba Lamine Sall

Tags: Ministère de la santé et de l'hygiène publique

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