Une alerte sanitaire suscite l’attention des spécialistes au Sénégal et au-delà : un virus marin, le Covert mortality nodavirus (CMNV), surnommé « virus des crevettes », pourrait être associé à des atteintes oculaires chez l’être humain. Longtemps considéré comme inoffensif pour l’homme, cet agent pathogène fait désormais l’objet d’une surveillance accrue après des observations scientifiques préoccupantes.
Les premiers signaux ont été enregistrés en Chine, dans la ville de Qingdao, où des chercheurs ont détecté la présence du virus dans les tissus oculaires de patients souffrant d’uvéite persistante. Cette inflammation de l’œil se manifeste par des rougeurs, des irritations et une élévation de la pression intraoculaire. La pathologie observée a été désignée sous le nom de Poh-Vau (Persistent ocular hypertensive viral anterior uveitis).
Selon une étude publiée le 26 mars 2026 dans la revue Nature Microbiology, près d’un tiers des patients atteints ont nécessité une intervention chirurgicale, tandis qu’un cas de perte visuelle irréversible a été documenté. Les analyses génétiques révèlent une similarité de 99 % entre les souches identifiées chez ces patients et celles présentes chez certaines espèces marines, suggérant un possible franchissement de la barrière entre espèces.
L’enquête épidémiologique met en évidence un facteur de risque majeur : le contact avec les produits de la mer. Environ 71 % des cas recensés concernent des personnes exposées directement à la faune aquatique, notamment les pêcheurs, mareyeurs, cuisiniers ou consommateurs de produits crus. Les chercheurs n’excluent pas qu’une simple manipulation suivie d’un contact avec les yeux puisse suffire à transmettre le virus. À ce stade, aucune transmission interhumaine n’a été confirmée.
Le CMNV, déjà identifié sur plusieurs continents, dont l’Atlantique, aurait été détecté chez au moins 49 espèces marines. Sa capacité d’adaptation, favorisée par des mutations génétiques, inquiète les scientifiques, qui redoutent une propagation facilitée par les activités de pêche et de transformation des produits halieutiques.
Au Sénégal, les experts appellent à la vigilance sans céder à la panique. Le vétérinaire Alioune Badara Kane Diouf, du Laboratoire national d’analyse des produits de la pêche et de l’aquaculture, souligne que le dérèglement climatique et la pollution côtière pourraient aggraver la situation en fragilisant les écosystèmes marins et en favorisant la circulation des agents pathogènes.
Cette alerte relance également l’importance de l’approche « One Health », qui prône une vision intégrée de la santé humaine, animale et environnementale. Pour les spécialistes, la surveillance sanitaire doit désormais inclure l’ensemble des écosystèmes marins.
Sur le plan médical, l’ophtalmologiste Fatou Fall insiste sur les risques de sous-diagnostic. Elle recommande de consulter rapidement en cas de troubles visuels, de douleurs ou de gêne oculaire, afin d’éviter d’éventuelles complications irréversibles.
S.S.YADE














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