La lutte contre la tuberculose multirésistante demeure un défi majeur au Sénégal. Malgré les progrès réalisés dans la prise en charge des malades, le pays fait face à un nombre important de cas non diagnostiqués qui continuent d’alimenter la transmission de la maladie au sein des communautés.
Selon le Dr Fondé Danfakha, coordonnateur du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNT), le Sénégal avait prévu de détecter 430 cas de tuberculose multirésistante en 2025. Cependant, seuls 88 cas ont été effectivement notifiés dans les structures de santé du pays.
«Cela montre que cette situation est préoccupante. Parce qu’il faut savoir que le vrai danger avec la prise en charge de la tuberculose, ce sont les cas manquants. Donc il y a toujours des cas présumés de tuberculose qui sont dans la communauté et qui alimentent la transmission communautaire », a fait savoir Dr Fondé Danfakha.
Plus de 4 800 cas manquants
Il révèle qu’en 2025, près de 4 800 cas de tuberculose, toutes formes confondues, n’ont pas été identifiés. Parmi eux figurent environ 430 cas présumés de tuberculose multirésistante.
Aujourd’hui, poursuit-il, 56 % des cas de tuberculose multirésistante sont directement transmis d’une personne à une autre.
«Avant, la donne était que c’était les malades tuberculeux qui ne suivaient pas normalement leur traitement et qui développaient des résistances secondaires. Mais maintenant, on voit que les personnes sont contaminées directement par des malades. Et l’exemple, c’est que même à Kaolack, nous avons eu une femme enceinte qui a développé la tuberculose multirésistante.
Heureusement, elle a pu accoucher et elle a pris son traitement avec une bonne évolution. Nous avons aussi un nourrisson, un enfant de moins d’un an, qui a été contaminé par la tuberculose multirésistante. Cet enfant aussi prend son traitement et le tableau évolue favorablement.
Pour dire que les cas sont dans la communauté et la transmission est active. Et vraiment, le défi du programme est de retrouver tous ces cas et de les mettre sous traitement pour rompre la chaîne de transmission», a-t-il indiqué.
Des avancées dans les traitements
Malgré ces défis, le coordonnateurdu programme se félicite des progrès enregistrés dans la prise en charge des patients. Sur les 88 cas diagnostiqués en 2025, 80 ont été mis sous traitement, soit un taux d’initiation supérieur à 90 %.
«Les traitements ont également évolué. La chance quand même est qu’actuellement, il y a des régimes plus courts. Avant, c’était des formes injectables qui duraient. Il y a aussi ce qu’on appelle le régime long qui fait 20 mois.
Mais actuellement, on utilise quand même des régimes courts qui font 9 mois. Et on est en train d’expérimenter pour réduire ces 9 mois à 6 mois. Donc pour dire qu’il y a vraiment des avancées pour la prise en charge de la tuberculose multirésistante», dit-il.
Pour améliorer la lutte contre la maladie, le Programme national de lutte contre la tuberculose identifie trois principaux défis.
Le premier concerne le dépistage. Le programme souhaite élargir l’offre de diagnostic et de prise en charge aux structures privées ainsi qu’aux hôpitaux, afin que chaque patient puisse accéder rapidement aux services nécessaires, quel que soit son point d’entrée dans le système de santé.
Le deuxième défi porte sur la réduction du retard diagnostique. De nombreux malades consultent plusieurs semaines, voire plusieurs mois après l’apparition des premiers symptômes. Pour y remédier, le programme mise sur le renforcement de la sensibilisation des populations et la formation des professionnels de santé.
Cette stratégie inclut également les tradipraticiens, souvent sollicités en premier recours par les patients. Le troisième défi concerne le renforcement de la coordination régionale.
Dr Fondé Danfakha a profité de l’occasion pour lancer un message rassurant à la population. «La tuberculose se soigne, y compris la tuberculose multirésistante. Tous les malades qui respectent leur traitement peuvent guérir», insiste-t-il. Il invite les populations à consulter rapidement en cas de symptômes, à suivre rigoureusement leur traitement et à éviter toute stigmatisation ou dissimulation de la maladie.
S.S.YADE














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