Il y a des hommes dont l’engagement et la persévérance dans certains domaines méritent respect et considération. Surtout quand il s’agit de milieux comme le sport, truffés d’obstacles, de roublardises et où les résultats, les profits mettent du temps à se matérialiser. Fédiore est un camarade de promotion et ami, amitié que nous avons héritée de nos pères. J’ai vu son destin brutalement changer dès qu’il a eu quelques notions de médecine du sport en 4éme année. Passionné par la chose, à partir de cette date, il s’est mis dans la peau d’un médecin du sport. Cette « maladie » va l’éloigner progressivement des bancs de l’université pour des bancs de clubs sportifs où il avait commencé à exercer bénévolement rien que pour le plaisir. Je ne retrouvais plus cet ami les week-ends à la Sicap liberté 1, chez sa mère et moi comme d’autres camarades avions craint qu’il ne puisse pas terminer ses études médicales, parce qu’on avait le sentiment qu’on allait « le perdre ». En effet pendant que l’on trimait à la faculté pour réviser nos leçons et passer nos examens Fédiore était dans des caravanes ou des campagnes interminables d’équipes sportives de toute sorte (cyclisme handball football…) au Sénégal et ailleurs. Il d’ailleurs soutenu sa thèse bien des années après nous, au moment où on n’y croyait plus.
Je ne sais pas à quel moment il s’était inscrit à une formation en gynécologie, mais c’est sûr qu’il n’y a pas fait long feu. S’inscrire à une spécialité et changer cela a été le lot de beaucoup d’entre nous à l’époque. Par contre l’ouverture de la formation diplômante en médecine du sport a été pour lui une occasion de faire valoir toute l’expérience qu’il avait accumulée pendant des années. C’est pourquoi il a tapé dans l’œil du Pr Fallou Cissé directeur du Cours qui, après la brillante réussite de son élève au DES, a tout fait pour l’intégrer dans son staff afin qu’il puisse le remplacer sur le banc de l’équipe nationale de football. Cela n’a pas été facile, parce que le globe-trotteur, malgré son diplôme et son statut de père de famille a continué à bourlinguer, répondant aux sollicitations qui venaient de partout pour accompagner médicalement des équipes sportives. Son engagement dans le sport ne lui a presque rien rapporté, je le dis, parce qu’il a mis beaucoup de temps pour mettre sa famille a l’abris. D’ailleurs il n’a été « stable » (financièrement et socialement) que lorsqu’il a occupé le poste de chef de service de kinésithérapie et de la réhabilitation fonctionnelle de la neurologie de l’hôpital Fann. La seule fonction administrative qu’il a occupée à ma connaissance. Fédiore, en dehors de cet amour qu’il a pour le sport, est doté de qualités humaines rares dans ce monde. C’est une personne très douce, timide, posée, courtoise, presque jamais stressée et très généreuse. Lorsque vous avez un diffèrent avec Fédiore, les moments d’échanges que vous avec lui et qui doivent normalement se traduire en dispute, se transforment en « monologue » : vous avez beau vociférer (comme je faisais souvent lorsqu’il disparaissait au moment des examens et que je venais vider mon sac sur lui) il vous répondra, calmement (en souriant parfois et c’est étonnant ): « j’ai entendu, je vais en tenir compte ». Je crois que dans le milieu sportif, une jungle, les gens peuvent exploiter ces qualités et vous « bouffer ». Il doit être sûrement rentré de beaucoup de campagnes sportives les poches vides, sans rien apporter pour faire plaisir à ses enfants et compenser ses longues absences. Mais des gens comme Fédiore ont toujours une baraka , une protection divine, qui les accompagnent et c’est cela qui leur permet de survivre dans un monde féroce et ingrat. J’en ai pour preuve ces trois constats : i) Il a toujours en vie, et je souhaite qu’il en soit ainsi pendant de longues années pour l’accompagner, une mère qu’il adore énormément et dont la présence lui apporte beaucoup de réconfort; ii) DIEU TOUT PUISSANT a placé sur son chemin une femme exceptionnelle qui a accepté de se sacrifier et de se « dédoubler » pour assurer son rôle auprès des enfants et de la famille pour qu’ils ne ressentent pas ses longues absences; iii) il est difficile d’humilier Fédiore car je l’ai dit, il a non seulement des qualités intrinsèques pour désarmer ses adversaires, mais il a une foi inébranlable à laquelle il s’accroche pour faire face aux épreuves. Les évènements récents en sont la preuve : la personne qui, par opportunisme, a voulu l’éjecter du poste qu’il occupait depuis plus d’une décennie, est aujourd’hui, par un effet boomerang, la plus décriée du pays.
Force à toi cher ami. Qu’ALLAH t’accorde tout le bonheur auquel tu aspires pendant toutes ces années que tu as sacrifiées pour ta passion LE SPORT.
Boubacar Camara, médecin-pédiatre














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